Du développement de la parentalité

Tiré de la Psychopathologie de la Périnatalité. Jacques DAYAN Gwenaelle ANDRO et Michel DUGNAT. Editions MASSON, collection « Les âges de la Vie ».

La parentalité désigne le processus menant à l’état d’être parent.

Origine du concept.

Le terme de maternalité fut introduit par RACAMIER en 1961. Il insiste sur le rôle d’identification à la mère et décrit un processus qui conduit progressivement la mère du narcissisme, c'est-à-dire de l’investissement prépondérant de soi,  vers l’objectalité qui est l’investissement de l’autre.

Le processus de maternalité.

Schématiquement, deux notions reviennent : perte et actualisation. La perte a des objets multiples : perte de l’enfance, deuil de l’enfant imaginaire, perte de l’objet maternel (notion familière de couper le cordon d’avec sa mère). L’actualisation (remontée à la surface) de conflits infantiles, des traumatismes et deuils. Perte et actualisation n’engendrent généralement pas un démantèlement mais une réorganisation.

La réconciliation avec sa propre mère.

Devenir mère exige en particulier un nouvel aménagement des liens avec sa propre mère : identification et réconciliation. Selon AMMANITI et coll. (1992), « le point décisif (…) est d’en venir à un accommodement avec ses propres parents », la grossesse est en quelque sorte l’ultime occasion de cet accommodement. Selon LALLEMAND et coll. (1991) dans les sociétés traditionnelles : « la grossesse est le moment de plusieurs cérémonials actifs. Ainsi, il importe de concilier gens et ancêtres de sa parentèle lorsque l’enfant est encore à l’état de fœtus. Par la cérémonie de la « levée des dangers «  la future mère demande à ses géniteurs, non leur protection à l’enfant en gestation, mais la cessation de rancœurs, même non explicites, voire inconscientes entre eux et elles. Par l’apport de l’offrande, elle rend hommage à ses parents et implore leur pardon pour des fautes connues ou inconnues qu’elle aurait commises, qui pourraient entraver l’évolution de la grossesse et mettraient sa vie en danger. »


En conclusion, la grossesse et la naissance représentent pour la  femme une étape essentielle, crise maturative, selon BIBRING et coll. (1961), ou du développement comparable à l’adolescence par l’ampleur des bouleversements, à la fois somatiques, hormonaux et psychologiques. Il existe une réactivation et un remaniement des conflits latents. Elle s’accompagne de moments de régression. Instant de profonds remaniements psychiques, la grossesse nécessite une adaptation et entraîne une mobilisation psychique intense. Les transformations corporelles entraînent des modifications de la représentation de soi et de l’image du corps, la reviviscence des conflits infantiles plus ou moins archaïques, la dissolution et reconstruction des identifications précoces en particulier à la mère. La grossesse est aussi le moment d’un épanouissement et d’une affirmation de soi atteints lorsque la mère peut s’y laisser aller, ce qui suppose contrôle et soutien.